• Les Lumières en héritage

    Héritiers de la Pensée des Lumières, nous sommes soucieux de préserver la laïcité dans notre tradition républicaine. Nous nous élevons contre les allégations du candidat NS à la présidence de la République. Il prétend que la France détient un héritage de 2000 ans et que nos racines sont chrétiennes. En usant de l'argument religieux en politique, en privilégiant une confession bien désignée – la catholique – pour en vanter l'exclusivité et en soutenant trompeusement que la laïcité a incorporé cette religion depuis longtemps (cf. Le Monde du 19 avril 2007), NS dénature la question et la banalise. Ce faisant, il opère un transfert de sacralité et rompt donc gravement avec les statuts de la République. Devant une telle dérive, nous nous sommes constitués en un Collectif pour la défense d'une question qui touche et qui implique chaque citoyen.
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  • Blog créé le 1er Mai 2007
  • Nouveau ! « La laïcité positive » Discours de l’Elysée

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    Au soir du résultat de la présidentielle française, nous avions reçu plus de 400 signatures. Aussi, nous continuons d'accueillir sur ce blog les signataires qui veulent encore nous rejoindre. Et nous remercions, bien sûr, tous ceux et toutes celles qui ont déjà répondu. La question de la laïcité a été mise à mal dans les discours durant la campagne. La laïcité est en péril. Les médias n'en n'ont guère fait mention. C'est pourquoi nous poursuivons une réflexion sur ce thème. Une réflexion qui intéresse, non seulement la France, mais l'Europe en premier chef. Le quotidien belge "Le Soir" l'a bien compris qui a immédiatement accepté de publier notre article dans ses colonnes le 3 mai 2007. Nous tiendrons les signataires informés de la suite de notre initiative et des débats publics que nous organiserons.
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Discours de Ryad

14 janvier 2008 (Source : Elysée)
Monsieur le Président du Conseil Consultatif,

Je vous remercie des mots chaleureux par lesquels vous m’avez accueilli. Monsieur le Président, Messieurs les Membres du Conseil, A travers vous j’adresse à toute la nation saoudienne le salut fraternel de la France. Ce salut, je veux l’adresser aussi à toute la nation arabe et à toute la communauté des croyants.

Je n’oublie pas que pour tous les musulmans l’Arabie Saoudite c’est une terre sacrée où le Prophète arecueilli la parole de Dieu pour l’enseigner aux hommes. Tous les musulmans à travers le monde pensent cela de l’Arabie Saoudite.D’ici partit il y a 14 siècles le grand élan de piété, de ferveur, de foi qui allait tout emporter sur son passage, qui allait convertir tant de peuples et faire naître l’une des plus grandes, des plus belles civilisations que le monde ait connu. Ici, en Arabie Saoudite, ce sont les lieux les plus saints de l’Islam, vers lesquels chaque Musulman dans le monde se tourne pour prier.

Sans doute, Musulmans, Juifs et Chrétiens ne croient-ils pas en Dieu de la même façon.
Sans doute n’ont-ils pas la même manière de vénérer Dieu, de le prier, de le servir.
Mais au fond, qui pourrait contester que c’est bien le même Dieu auquel s’adressent leurs prières ? Que c’est bien le même besoin de croire. Que c’est le même besoin d’espérer qui leur fait tourner leurs regards et leurs mains vers le Ciel pour implorer la miséricorde de Dieu, le Dieu de la Bible, le Dieu des Evangiles et le Dieu du Coran ?
Finalement, le Dieu unique des religions du Livre.
Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme.
Dieu qui n’asservit pas l’homme mais qui le libère.
Dieu qui est le rempart contre l’orgueil démesuré et la folie des hommes.
Dieu qui par-delà toutes les différences ne cesse de délivrer à tous les hommes un message d’humilité et d’amour, un message de paix et de fraternité, un message de tolérance et de respect.

Ce message, il a souvent été dénaturé. Ce message, il a souvent été détourné.
Beaucoup de crimes dans l’Histoire ont été commis au nom de la religion, qui n’avaient en réalité rien à voir avec elle, qui étaient un reniement, qui étaient une trahison de la religion.
Les crimes qui ont été commis au nom de la religion n’étaient pas dictés par la piété, ces crimes n’étaient pas dictés par le sentiment religieux, ces crimes n’étaient pas dictés par la foi, ils étaient dictés par le sectarisme, par le fanatisme, par la volonté de puissance sans limite. Souvent le sentiment religieux a été instrumentalisé, souvent il a servi de prétexte pour atteindre d’autres objectifs et pour satisfaire d’autres intérêts. Et aujourd’hui, encore, je l’affirme devant vous, ce n’est pas le sentiment religieux qui est dangereux. C’est son utilisation à des fins politiques régressives au service d’une nouvelle barbarie.
Tous ces excès, toutes ces dérives doivent-ils nous amener à condamner la religion ? Je l’affirme, je réponds non, car le remède serait pire que le mal. Le sentiment religieux n’est pas plus condamnable à cause du fanatisme que le sentiment national ne l’est à cause du nationalisme.

En tant que chef d’un Etat qui repose sur le principe de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, je n’ai pas à exprimer ma préférence pour une croyance plutôt que pour une autre.
Je dois les respecter toutes, je dois garantir que chacun puisse librement croire ou ne pas croire, que chacun puisse pratiquer son culte dans la dignité.
Je respecte ceux qui croient au Ciel autant que ceux qui n’y croient pas.
J’ai le devoir de faire en sorte que chacun, qu’il soit juif, catholique, protestant, musulman, athée, franc-maçon ou rationaliste, se sente heureux de vivre en France, se sente libre, se sente respecté dans ses convictions, dans ses valeurs, dans ses origines.
Mais j’ai le devoir aussi de préserver l’héritage d’une longue histoire, d’une culture, et, j’ose le mot, d’une civilisation. Et je ne connais pas de pays dont l’héritage, dont la culture, dont la civilisation n’aient pas de racines religieuses.
Je ne connais pas de culture, pas de civilisation où la morale, même si elle incorpore bien d’autres influences philosophiques, n’ait un tant soit peu une origine religieuse.

Dans le fond de chaque civilisation il y a quelque chose de religieux, quelque chose qui vient de la religion. Et dans chaque civilisation il y a aussi quelque chose d’universel, quelque chose qui la relie à toutes les autres civilisations.
Et d’ailleurs depuis que la civilisation est apparue face à la barbarie, depuis que les relations entre les hommes ont cessé d’être exclusivement fondées sur la brutalité et sur la violence, depuis que par un effort toujours recommencé sur lui-même l’Homme a cherché, sans toujours y parvenir, à domestiquer ses instincts, les civilisations se rencontrent, dialoguent, échangent, se fécondent les unes les autres.
Il n’y a pas de civilisation qui ne soit le produit d’un métissage. L’Occident a recueilli l’héritage grec grâce à la civilisation musulmane. Et fut la civilisation de la Grèce antique, elle le devait pour une large part à ce qu’elle avait hérité de l’Egypte et de l’Orient.
C’est peut-être dans le religieux que ce qu’il y a d’universel dans les civilisations est le plus fort. Ce sont les religions, malgré tous les forfaits qui ont pu être perpétrés en leur nom, qui nous ont les premières appris les principes de la morale universelle, l’idée universelle de la dignité humaine, la valeur universelle de la liberté et de la responsabilité, de l’honnêteté et de la droiture.

Sa Majesté le Roi Abdallah n’a pas dit autre chose en adressant aux pèlerins venus du monde entier ces paroles magnifiques de vérité et de sagesse :
« Les grandes religions divines se rassemblent autour d’un certain nombre de principes communs et partagent les grandes valeurs de tolérance. Ces valeurs font dans leur ensemble l’esprit d’humanité et distinguent l’Homme des autres créatures. Je veux parler des valeurs d’intégrité morale dans la parole et l’action, la tolérance, la solidarité, l’égalité, la dignité et le souci de cette pierre angulaire pour chaque société, à savoir la famille (…). Qu’il me soit permis, poursuit Sa Majesté, d’inviter tous ceux à qui parviendront ces mots à nous rappeler ce qui réunit les religions, les croyances et les cultures. » Lorsque Sa Majesté parle ainsi, elle parle de valeurs universelles, elle pourrait parler au nom de tous les hommes.

Cette vérité qu’il y a dans toutes les religions, les croyances et les cultures quelque chose d’universel qui permet à tous les hommes de se reconnaître comme faisant partie de l’Humanité, de se parler, de se comprendre, de se respecter, de s’aimer. Je le dis devant votre Conseil, cette vérité, car c’est bien une vérité, nous avons tous, en Arabie Saoudite comme en France, le devoir de la promouvoir parce que c’est par elle que nous pouvons vaincre la barbarie de ces barbares qui n’accordent aucun prix à la vie et à la dignité de la personne humaine.
Cette vérité nous avons le devoir de la faire reconnaître parce que sa reconnaissance est la condition de la paix, la condition de la fraternité et la condition du progrès humain.
L’Homme n’est pas sur Terre pour détruire la vie mais pour la donner.
L’homme n’est pas sur Terre pour haïr mais pour aimer.
L’homme n’est pas sur Terre pour transmettre à ses enfants moins qu’il n’a reçu mais davantage.
C’est au fond ce qu’enseignent toutes les grandes religions et toutes les grandes philosophies. C’est l’essence de toute culture et de toute civilisation.
C’est ce sur quoi nous devons fonder la politique de civilisation dont le monde a aujourd’hui un urgent besoin.

Alors mes chers amis d’Arabie Saoudite, il ne s’agit pas de chercher à imposer un modèle unique de civilisation. Ce serait répéter une fois de plus l’erreur tragique qui dans le passé a provoqué tant de malheurs.
Ce serait nier les identités.
Ce serait faire le jeu de tous les extrémismes.
Ce serait susciter non la paix et la fraternité mais la violence, la guerre et le terrorisme car rien n’est plus dangereux qu’une identité blessée, qu’une identité humiliée. Une identité humiliée, c’est une identité radicalisée.
Si la globalisation provoque tant de critiques, tant de crispations, tant de rejets, c’est d’abord parce qu’elle est trop souvent ressentie comme une menace pour les identités.
La vie de l’Homme n’a pas qu’une dimension matérielle. Il ne suffit pas à l’Homme de consommer pour être heureux.

Une politique de civilisation, c’est une politique qui se donne pour but de civiliser la globalisation. C’est une politique qui intègre la dimension intellectuelle, morale, spirituelle. C’est une politique qui cherche à conjurer la menace du choc des civilisations en mettant l’accent sur ce qui réunit les hommes, par-delà ce qui les oppose.
Une politique de civilisation, c’est une politique de la diversité, c’est une politique qui fait du respect de la diversité des opinions, des cultures, des croyances, des religions un principe universel. Mes chers amis saoudiens, la diversité ce n’est pas seulement une valeur occidentale. C’est une valeur qui doit être commune à toutes les civilisations.
D’ailleurs, la diversité, c’était une valeur qui était à l’honneur à Alexandrie, à Constantine, à Cordoue.
C’est une valeur que j’ai voulu faire respecter en France en créant le Conseil du Culte Musulman.
C’est la valeur qui m’inspire quand je veux faciliter la construction de mosquées en France pour que les musulmans français puissent prier dans des lieux de culte décents.
C’est la volonté de promouvoir la diversité comme valeur qui sous-tend la politique française au Liban. Comme l’Arabie saoudite, la France ne ménagera aucun effort pour que le Parlement libanais puisse élire dans les meilleurs délais un Président en qui se reconnaîtront les composantes de la nation libanaise dans leur diversité. La France appuie sans réserve le plan de la Ligue arabe, qui rejoint en tous points ses propositions. Mais la diversité ce n’est pas bien en France, et ce n’est pas mal ailleurs. La diversité est une nécessité civilisatrice.

Une politique de civilisation, c’est une politique de solidarité, une politique de partage.
C’est une politique qui ne veut pas seulement s’occuper des conséquences mais qui veut aussi s’attaquer aux causes, aux causes de la misère, aux causes de l’inégalité.
C’est une politique qui reconnaît tous les hommes et tous les peuples égaux en droits, égaux en devoirs, égaux en dignité, c’est une politique qui place la vie au-dessus de tout. C’est une politique des intérêts vitaux de l’humanité. C’est une politique de responsabilité vis-à-vis des générations futures, vis-à-vis Monsieur le Président de la planète.
C’est une politique qui veut lutter contre les dérives de la modernité, qui veut lutter contre les excès de la technique, de l’économie, de la finance, qui veut lutter contre la pollution, contre la dégradation de l’environnement. C’est une politique du développement durable.

Mais une politique de civilisation, c’est d’abord une politique de justice. Car le sentiment d’injustice nourrit la haine.
Justice pour le peuple palestinien, c’est la condition de la paix et de la sécurité d’Israël.
Je salue le plan de règlement de Sa Majesté le Roi Abdallah, approuvé par la Ligue arabe. Depuis les conférences d’Annapolis et de Paris, l’espoir renaît. Une paix juste est possible avec la création dès cette année d’un Etat palestinien viable et moderne. Oui, la paix est possible ! Aucun effort ne devra être épargné pour y parvenir par la négociation entre les parties. La communauté internationale tout entière doit être prête à accompagner avec détermination la mise en oeuvre d’un accord.

La justice, nous la devons à tous les peuples opprimés, à tous les exploités, à tous ceux qui souffrent de ne pas voir reconnue leur dignité d’être humain. La justice, nous la devons à toutes les femmes, à tous les enfants martyrisés dans le monde, si nous voulons pouvoir vivre en paix sur cette Terre, si nous voulons pouvoir arracher du cœur des hommes le ressentiment et la vengeance.
C’est parce qu’elle veut œuvrer pour la justice que la France veut parler à tout le monde. Comment faire progresser la justice si l’on ne parle pas à ceux qui commettent des injustices ?
C’est pour la justice qu’au nom de la France, devant l’Assemblée Générale des Nations Unies, j’ai appelé le monde au partage plus équitable des rentes et à un New Deal économique et écologique à l’échelle de la planète. _C’est au nom de la justice que la France a pris l’initiative de réunir la conférence des Etats donateurs en faveur de l’autorité palestinienne.
C’est au nom de la justice qu’elle s’est engagée si fortement en faveur de la cause de l’indépendance du Liban et de la cause du Darfour où se joue l’un des plus terribles drames humains de notre époque.
C’est au nom de la justice que la France soutient que l’accès au nucléaire civil doit être un droit pour tous les peuples.
C’est au nom de la justice que la France plaide pour le codéveloppement.
C’est pour que s’apaise le sentiment d’injustice, pour que s’apaisent les rancœurs et les haines, que la France a pris l’initiative de proposer à tous les pays riverains de la Méditerranée de s’unir dans l’Union pour la Méditerranée autour de l’idée du partage, de la solidarité, de la compréhension et du respect.
Ce que propose la France, avec l’Italie et avec l’Espagne, c’est d’en finir avec le caractère profondément inégalitaire du dialogue entre le Nord et le Sud et de s’engager dans la voie d’une association où chaque pays de la Méditerranée aura une part égale.
Ce ne sera plus le Nord qui viendra donner des leçons au Sud, ce sera un échange où chacun apprendra de l’autre, ce sera un effort partagé où chacun contribuera à forger une destinée commune.
Chacun, remontant aux sources de ce qu’il est et de ce qu’il croit, retrouvera les origines communes, ce qui rapproche les religions du Livre et les civilisations qui en sont issues, et tous ensemble, je dis bien tous ensemble, héritiers du judaïsme, du christianisme, de l’Islam, nous resouvenant de ce que nous devons à l’Egypte, à la Grèce et à Rome, ayant tous ensemble dans le cœur quelque chose qui nous rattache à Alexandrie, à Jérusalem et à Cordoue, eh bien nous apprendrons à parler d’une même voix à tous les hommes d’un grand rêve de civilisation plus fort que la bêtise, plus fort que la violence, plus fort que la haine.

La politique de civilisation, c’est ce que font tous ceux qui au sein même de l’Islam – comme des autres religions – luttent contre le fanatisme et contre le terrorisme, ceux qui en appellent aux valeurs fondamentales de l’Islam pour combattre l’intégrisme.
L’intégrisme, c’est la négation de l’Islam.
La politique de civilisation, c’est ce que font tous ceux qui œuvrent pour un Islam ouvert, un Islam qui se souvient des siècles où il était le symbole de l’ouverture d’esprit et de la tolérance, qui se souvient que ses savants traduisirent Aristote et Platon et qu’ils furent pendant des siècles, les savants de l’islam, à la pointe du progrès des sciences.
La politique de civilisation, c’est ce que font tous ceux qui s’efforcent de concilier le progrès et la tradition, de faire la synthèse entre l’identité profonde de l’Islam et la modernité sans choquer la conscience des croyants.
C’est ce que fait l’Arabie Saoudite sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Abdallah.
C’est ce que fait le Président Moubarak en Egypte avec la sagesse qui est la sienne.
C’est ce que fait Sa Majesté le Roi du Maroc quand par touches successives il fait évoluer le droit des femmes.
Sur la condition des femmes, sur la liberté d’expression, l’Arabie saoudite elle aussi s’est mise en mouvement. Lentement, certes, mais qui ne serait impressionné par les changements qui se sont produits en quelques années, dans le respect de l’intégrité des lieux saints de l’Islam, qui est une exigence avec laquelle le Royaume ne peut pas transiger et qui l’oblige à être pour les croyants du monde entier un modèle de piété et de fidélité à la tradition ?

C’est à cause de cette exigence, c’est à cause de ce que représente l’Arabie Saoudite pour tous les musulmans, à cause aussi de l’autorité morale et religieuse du Roi Abdallah, que ce qui se passe chez vous est si important. Et quand en juin 2006, six femmes sont pour la première fois désignées comme administratrices du Conseil Consultatif, cela représente ici une évolution dont je mesure bien la portée et que je salue.
C’est ici, en Arabie Saoudite que le changement est le plus délicat, le plus difficile sans doute, mais c’est ici aussi, il faut que vous en ayez conscience que ce changement a la plus grande valeur symbolique, la plus grande portée pour le monde.
Le rôle d’équilibre et de modération que joue l’Arabie Saoudite n’a pas seulement une importance régionale. Il a une importance mondiale.
Votre rôle ne s’inscrit pas dans le court terme. Votre rôle s’inscrit dans la longue durée de l’histoire des civilisations.
Ici, en Arabie Saoudite, se joue le rapport de l’Islam avec la modernité. Ici, en Arabie Saoudite l’Islam démontrera une forme de modernité qui lui est propre, qui ne viendra pas détruire son identité, qui n’entrera pas en conflit avec la foi.
C’est cela qui donne à l’Arabie Saoudite une importance si grande sur la scène du monde.
Quand Sa Majesté le Roi Abdallah rencontre le Pape, ce geste a plus d’importance pour la paix et pour l’avenir de la civilisation que bien des conférences internationales.
En faisant ce geste d’une portée immense, d’une portée symbolique, il signifie au monde, ce geste, qu’aux yeux du Roi, le temps n’est plus pour les religions à se combattre entre elles, mais à combattre ensemble contre le recul des valeurs morales et spirituelles, contre le matérialisme, contre les excès de l’individualisme.
En faisant ce geste, Sa Majesté indique la voie du salut qui n’est pas dans la fermeture et dans le rejet mais dans l’ouverture aux autres et au monde.
Tout ce qui se passe ici, toute la politique de l’Arabie Saoudite, tout ce qu’exprime, tout ce que fait Sa Majesté le Roi Abdallah montre une volonté non de rejeter la modernité mais de l’apprivoiser pour la transformer, et la mettre au service d’une certaine idée de l’Homme, d’un projet de civilisation.

C’est la voie que la France, par ailleurs si différente du point de vue de sa tradition, de sa culture, de son histoire, a elle aussi choisie.
La France ne veut pas être seulement un partenaire économique stratégique pour l’Arabie Saoudite, même si dans ce domaine, comme dans le domaine scientifique ou technique, nous avons d’énormes choses à faire ensemble.
La France veut être aussi pour l’Arabie Saoudite un partenaire politique, parce que l’Arabie Saoudite et la France partagent les mêmes objectifs d’une politique de civilisation, parce que l’Arabie Saoudite et la France ont le même souci de tout faire pour que soit évité le choc des civilisations et la guerre des religions, parce que l’Arabie Saoudite et la France ont toutes deux dans le monde, chacune à sa manière, une influence morale qui leur fait un devoir de se battre pour la paix et pour la justice.
L’Arabie Saoudite et la France n’ont pas seulement des intérêts en commun. Elles ont aussi un idéal commun. Elles doivent s’unir pour le faire progresser malgré toutes les forces qui dans le monde s’y opposent.
Vous l’avez compris, Monsieur le Président, Messieurs, la France veut être l’amie de l’Arabie Saoudite.
La France veut être l’amie du monde arabe.
Une amie qui ne cherche pas à donner des leçons mais qui dit la vérité.
Une amie qui ne demande rien mais qui est là quand on a besoin d’elle.
Mesdames et Messieurs, vive l’amitié franco-saoudienne !
Vive l’amitié franco-arabe !

II. 20 décembre 2007
Discours de Latran, Cité du Vatican
Messieurs les Cardinaux,Mesdames et Messieurs,Et si vous le permettez, Chers Amis,

Permettez-moi d’adresser mes premières paroles au cardinal Ruini, pour le remercier très chaleureusement de la cérémonie qu’il vient de présider. J’ai été sensible aux prières qu’il a bien voulu offrir pour la France et le bonheur de son peuple. Je veux le remercier également pour l’accueil qu’il m’a réservé dans cette cathédrale de Rome, au sein de son chapitre.

Je vous serais également reconnaissant, Eminence, de bien vouloir transmettre à sa Sainteté Benoît XVI mes sincères remerciements pour l’ouverture de son palais pontifical qui nous permet de nous retrouver ce soir. L’audience que le Saint Père m’a accordée ce matin a été pour moi un moment d’émotion et de grand intérêt. Je renouvelle au Saint Père l’attachement que je porte à son projet de déplacement en France au deuxième semestre de l’année 2008. En tant que président de tous les Français, je suis comptable des espoirs que cette perspective suscite chez mes concitoyens catholiques et dans de nombreux diocèses. Quelles que soient les étapes de son séjour, Benoît XVI sera le bienvenu en France.

En me rendant ce soir à Saint-Jean de Latran, en acceptant le titre de chanoine d’honneur de cette basilique, qui fut conféré pour la première fois à Henri IV et qui s’est transmis depuis lors à presque tous les chefs d’Etat français, j’assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l’Eglise.

C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l’Eglise. Les faits sont là. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l’Europe. A de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l’occasion de manifester la profondeur de l’attachement qui les liait à l’Eglise et aux successeurs de Pierre. Ce fut le cas – de la conquête par Pépin le Bref, des premiers Etats pontificaux ou de la création auprès du Pape de notre plus ancienne représentation diplomatique.

Au-delà de ces faits historiques, c’est surtout parce que la foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature, que la France entretient avec le siège apostolique une relation si particulière. Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et la France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle. Contribution spirituelle, contribution morale par le foisonnement de saints et de saintes de portée universelle : saint Bernard de Clairvaux, saint Louis, saint Vincent de Paul, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Thérèse de Lisieux, saint Jean-Marie Vianney, Frédéric Ozanam, Charles de Foucauld… Contribution littéraire, contribution artistique : de Couperin à Péguy, de Claudel à Bernanos, Vierne, Poulenc, Duruflé, Mauriac ou encore Messiaen. Contribution intellectuelle, si chère à Benoît XVI, Blaise Pascal, Bossuet, Maritain, Emmanuel Mounier, Henri de Lubac, Yves Congar, René Girard… Qu’il me soit permis de mentionner également l’apport déterminant de la France à l’archéologie biblique et ecclésiale, ici à Rome, mais aussi en Terre sainte, ainsi qu’à l’exégèse biblique, avec en particulier l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem.

Je veux évoquer parmi vous ce soir la figure du cardinal Jean-Marie Lustiger qui nous a quittés cet été. Je veux dire que son rayonnement et son influence ont eux aussi très largement dépassé les frontières de la France. J’ai tenu à participer à ses obsèques car aucun Français, je l’affirme, n’est resté indifférent au témoignage de sa vie, à la force de ses écrits, et permettez-moi de le dire, au mystère de sa conversion. Pour moi et pour tous les catholiques, sa disparition a représenté une grande peine. Debout à côté de son cercueil, j’ai vu défilé ses frères dans l’épiscopat et les nombreux prêtres de son diocèse, et j’ai été touché par l’émotion qui se lisait sur le visage de chacun.

Cette profondeur de l’inscription du christianisme dans notre histoire et dans notre culture, se manifeste ici à Rome par la présence jamais interrompue de Français au sein de la Curie et aux responsabilités les plus éminentes. Je veux saluer ce soir le cardinal Etchegaray, le cardinal Poupard, le cardinal Tauran, Monseigneur Mamberti, dont l’action, je n’hésite pas à le dire, honore la France.

Les racines chrétiennes de la France sont aussi visibles dans ces symboles que sont les Pieux établissements, la messe annuelle de la Sainte-Lucie et celle de la chapelle Sainte-Pétronille. Et puis il y a bien sûr cette tradition qui fait du président de la République française le chanoine d’honneur de Saint-Jean de Latran. Saint-Jean de Latran, ce n’est pas rien, tout de même. C’est la cathédrale du Pape, c’est la « tête et la mère de toutes les églises de Rome et du monde », c’est une église chère au cœur des Romains. Que la France soit liée à l’Eglise catholique par ce titre symbolique, c’est la trace de cette histoire commune où le christianisme a beaucoup compté pour la France et la France beaucoup compté pour le christianisme Et c’est donc tout naturellement, comme le général de Gaulle, comme Valéry Giscard d’Estaing, comme Jacques Chirac, que je suis venu m’inscrire avec bonheur dans cette tradition.

Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. Je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie, reconnaissons le, cher Max Gallo, une reconstruction rétrospective du passé. C’est surtout par leur sacrifice dans les tranchées de la Grande guerre, par le partage de leurs souffrances, que les prêtres et les religieux de France ont désarmé l’anticléricalisme ; et c’est leur intelligence commune qui a permis à la France et au Saint-Siège de dépasser leurs querelles et de rétablir leurs relations.

Pour autant, il n’est plus contesté par personne que le régime français de la laïcité est aujourd’hui une liberté : la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de pratiquer une religion et la liberté d’en changer, de religion, la liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, la liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, la liberté de ne pas être discriminé par l’administration en fonction de sa croyance.

La France a beaucoup changé. Les citoyens français ont des convictions plus diverses qu’autrefois. Dès lors la laïcité s’affirme comme une nécessité et oserais-je le dire, une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c’est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l’interdiction des signes ostentatoires à l’école.

Cela étant, la laïcité ne saurait être la négation du passé. La laïcité n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d’histoire, de patrimoine, d’art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, c’est dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire.

C’est pourquoi nous devons tenir ensemble les deux bouts de la chaîne : assumer les racines chrétiennes de la France, et même les valoriser, tout en défendant la laïcité, enfin parvenue à maturité. Voilà le sens de la démarche que j’ai voulu accomplir ce soir à Saint-Jean de Latran.

Le temps est désormais venu que, dans un même esprit, les religions, en particulier la religion catholique qui est notre religion majoritaire, et toutes les forces vives de la nation regardent ensemble les enjeux de l’avenir et non plus seulement les blessures du passé.

Je partage l’avis du Pape quand il considère, dans sa dernière encyclique, que l’espérance est l’une des questions les plus importantes de notre temps. Depuis le siècle des Lumières, l’Europe a expérimenté tant d’idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans l’émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l’amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s’est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives – que je ne mets évidemment pas sur le même plan – n’a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l’existence.

Bien sûr, fonder une famille, contribuer à la recherche scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier si ce sont celles de la dignité humaine, diriger un pays, cela peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes espérances « qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin » pour reprendre les termes même de l’encyclique du Saint Père. Mais elles ne répondent pas pour autant aux questions fondamentales de l’être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort. Elles ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort.

Ces questions sont de toutes les civilisations et de toutes les époques et ces questions essentielles n’ont rien perdu de leur pertinence, et je dirais, mais bien au contraire. Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l’accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des hommes et des femmes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent.

« Quand les espérances se réalisent, poursuit Benoît XVI, il apparaît clairement qu’en réalité, ce n’est pas la totalité. Il paraît évident que l’homme a besoin d’une espérance qui va au-delà. Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose d’infini, quelque chose qui sera toujours ce qu’il ne peut jamais atteindre. Si nous ne pouvons espérer plus que ce qui est accessible, ni plus que ce qu’on peut espérer des autorités politiques et économiques, notre vie se réduit à être privée d’espérance ». Ou encore, comme l’écrivit Héraclite, « Si l’on n’espère pas l’inespérable, et bien, on ne le reconnaîtra pas ».

Ma conviction profonde, dont j’ai fait part notamment dans ce livre d’entretiens que j’ai publié sur la République, les religions et l’espérance, c’est que la frontière entre la foi et la non-croyance n’est pas et ne sera jamais entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu’elle traverse en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu’il ne s’interroge pas sur l’essentiel. Le fait spirituel, c’est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c’est la réponse des religieux à cette aspiration fondamentale qui existe depuis que l’homme a conscience de sa destinée.

Or, longtemps la République laïque a sous-estimé l’importance de l’aspiration spirituelle. Même après le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, elle s’est montrée plus méfiante que bienveillante à l’égard des cultes. Chaque fois qu’elle a fait un pas vers les religions, qu’il s’agisse de la reconnaissance des associations diocésaines, de la question scolaire, des congrégations, elle a donné le sentiment qu’elle agissait, allez, parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement. Ce n’est qu’en 2002 qu’elle a accepté le principe d’un dialogue institutionnel régulier avec l’Eglise catholique. Qu’il me soit également permis de rappeler les critiques virulentes et injustes dont j’ai été l’objet au moment de la création du Conseil français du culte musulman. Aujourd’hui encore, la République maintient les congrégations sous une forme de tutelle, refusant de reconnaître un caractère cultuel à l’action caritative, en répugnant à reconnaître la valeur des diplômes délivrés dans les établissements d’enseignement supérieur catholique, en n’accordant aucune valeur aux diplômes de théologie, considérant qu’elle ne doit pas s’intéresser à la formation des ministres du culte.

Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence.

Et puis je veux dire également que, s’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini. Ensuite et surtout parce qu’une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité. Comme l’écrivait Joseph Ratzinger dans son ouvrage sur l’Europe, « le principe qui a cours maintenant est que la capacité de l’homme soit la mesure de son action. Ce que l’on sait faire, on peut également le faire ». A terme, le danger est que le critère de l’éthique ne soit plus d’essayer de faire ce que l’on doit faire, mais de faire ce que l’on peut faire. Mais c’est une très grande question.

Dans la République laïque, l’homme politique que je suis n’a pas à décider en fonction de considérations religieuses. Mais il importe que sa réflexion et sa conscience soient éclairées notamment par des avis qui font référence à des normes et à des convictions libres des contingences immédiates. Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent dans notre pays doivent y prendre part. Nous serons plus sages si nous conjuguons la richesse de nos différentes traditions.

C’est pourquoi j’appelle de mes vœux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire d’une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il ne s’agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s’agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d’avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à le leur compliquer.

Messieurs les Cardinaux, Mesdames et Messieurs, au terme de mon propos, et à quelques jours de cette fête de Noël qui est toujours un moment où l’on se recentre sur ce qui est le plus cher dans sa vie, je souhaiterais me tourner vers ceux d’entre vous qui sont engagés dans les congrégations, auprès de la Curie, dans le sacerdoce, l’épiscopat ou qui suivent actuellement leur formation de séminariste. Je voudrais vous dire très simplement les sentiments que m’inspirent vos choix de vie.

Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves.

Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié, on l’est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu’on n’est pas non plus président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l’intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j’allais faire ce que j’ai fait, je l’ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j’ai faits pour réaliser la mienne.

Ce que je veux vous dire ce soir, en tant que président de la République, c’est l’importance que j’attache à ce que vous faites et permettez-moi de le dire à ce que vous êtes. Votre contribution à l’action caritative, à la défense des Droits de l’Homme et de la dignité humaine, au dialogue inter-religieux, à la formation des intelligences et des cœurs, à la réflexion éthique et philosophique, est majeure. Elle est enracinée dans la profondeur de la société française, dans une diversité souvent insoupçonnée, tout comme elle se déploie à travers le monde. Je veux saluer notamment nos congrégations, les Pères du Saint-Esprit, les Pères Blancs et les Sœurs Blanches, les fils et filles de la charité, les franciscains missionnaires, les jésuites, les dominicains, la Communauté de Sant’Egidio qui a une branche en France, toutes ces communautés, qui, dans le monde entier, soutiennent, soignent, forment, accompagnent, consolent leur prochain dans la détresse morale et matérielle.

En donnant en France et dans le monde le témoignage d’une vie donnée aux autres et comblée par l’expérience de Dieu, vous créez de l’espérance et vous faites grandir des sentiments nobles. C’est une chance pour notre pays, et le président que je suis le considère avec beaucoup d’attention. Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.

Je veux évoquer la mémoire des moines de Tibhérine et de Monseigneur Pierre Claverie, dont le sacrifice portera un jour des fruits de paix, j’en suis convaincu. L’Europe a trop tourné le dos à la Méditerranée alors même qu’une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains de cette mer au croisement d’un grand nombre d’enjeux du monde contemporain. J’ai voulu que la France prenne l’initiative d’une Union de la Méditerranée. Sa situation géographique tout comme son passé et sa culture l’y conduisent naturellement. Dans cette partie du monde où les religions et les traditions culturelles exacerbent souvent les passions, où le choc des civilisations peut rester à l’état de fantasme ou basculer dans la réalité la plus tragique, nous devons conjuguer nos efforts pour atteindre une coexistence paisible, respectueuse de chacun sans renier nos convictions profondes, dans une zone de paix et de prospérité. Cette perspective rencontre, me semble-t-il, l’intérêt du Saint-Siège.

Mais ce que j’ai le plus à cœur de vous dire, c’est que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel tout en étant de plus en plus en quête de sens et d’identité, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient. La campagne électorale de 2007 a montré que les Français avaient envie de politique pour peu qu’on leur propose des idées, des projets, des ambitions. Ma conviction c’est qu’ils sont aussi en attente de spiritualité, de valeurs et d’espérance.

Henri de Lubac, ce grand ami de Benoît XVI, écrivait « La vie attire, comme la joie ». C’est pourquoi la France a besoin de catholiques heureux qui témoignent de leur espérance.

Depuis toujours, la France rayonne à travers le monde par la générosité et par l’intelligence. C’est pourquoi elle a besoin de catholiques pleinement chrétiens, et de chrétiens pleinement actifs.

La France a besoin de croire à nouveau qu’elle n’a pas à subir l’avenir, parce qu’elle a à le construire. C’est pourquoi elle a besoin du témoignage de ceux qui, portés par une espérance qui les dépasse, se remettent en route chaque matin pour construire un monde plus juste et plus généreux.

J’ai offert ce matin au Saint Père deux éditions originales de Bernanos. Je veux conclure avec lui : « L’avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l’avenir, on le fait. L’optimisme est une fausse espérance à l’usage des lâches. L’espérance est une vertu, une détermination héroïque de l’âme. La plus haute forme de l’espérance, c’est le désespoir surmonté ». Comme je comprends l’attachement du Pape à ce grand écrivain qu’est Bernanos.

Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre générosité, de votre courage, de votre espérance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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